Les régimes démocratiques constituent le privilège de bien peu de pays à l'échelle du monde. Cela n'a pas empêché la critique de les accabler dans l'espace même où ils sont nés, presque toujours pour dénoncer l'hypocrisie des " démocraties réelles ", accusées de n'être qu'un réagencement de l'éternelle domination des gouvernants sur les gouvernés.

Et s'il fallait renverser les choses? Si les défauts de la démocratie ne se situaient pas tant au sommet du pouvoir démocratique qu'à sa base populaire? Cajolés par les dirigeants qui les flattent, les peuples possèdent-ils eux-mêmes le sens démocratique? Le peuple n'a-t-il pas joué trop souvent contre la démocratie, la tolérance, la liberté, l'esprit de responsabilité et ne continue-t-il pas à le faire? N'a-t-il pas appelé des dictateurs de ses voeux? Si la réponse était positive, les démocrates ne formeraient qu'une espèce quasiment introuvable. A l'inverse, les " autoritaires " qui s'ignorent seraient les plus nombreux jusque dans nos douces sociétés de bien-être politique et matériel.

Guy Hermet transgresse le tabou posé sur cette interrogation primordiale. Au regard des errements présents de la politique-spectacle, de la vocation militante, ou du syndicalisme aussi bien que des soubresauts passés de la construction démocratique, il montre que, dans l'ensemble des sociétés occidentales, le comportement des citoyens ordinaires n'est en aucune manière plus édifiant que celui des dirigeants qu'ils placent à leur tête. En définitive, peut-être les uns et les autres se reconnaissent-ils dans la faiblesse de leur tempérament démocratique...

Directeur de recherche à la Fondation Nationale des Sciences Politiques, l'auteur enseigne à l'Institut d'études politiques, à l'Université de Paris et à l'Université de Lausanne. Il a publié auparavant divers ouvrages sur les origines de la politique moderne dans les sociétés occidentales, dont Aux frontières de la démocratie.
Traiter un leader de populiste c'est l'insulter. Mais qu'est-ce que le populisme ? Il ne se résume pas à la démagogie de Le Pen en France, de Haider en Autriche ou du colonel Chavez au Vénézuéla. Ce n'est pas le masque du vieux fascisme, ni davan-tage un synonyme de l'extrême droite. Le populisme a pris en réalité des visages multiples durant sa longue histoire, de celui des nihilistes de la Russie des tsars à son visage xénophobe actuel, en passant par ceux que le général Boulanger, la douce Evita Perón ou encore Boris Eltsine lui donnèrent. Ce livre redécouvre le populisme sous toutes ses facettes. Dépassant ses définitions trop partielles élaborées jusqu'à présent, il le fait d'abord en précisant ses traits, dictés par sa négation du code normal de la politique qui consiste à jouer avec le temps alors que les populistes déclarent tout possible sur l'instant. Puis il brosse un tableau sans équivalent ailleurs des formes familières ou exotiques que le populisme a revêtues et revêt aujourd'hui dans l'ensemble du monde : en Europe de l'Ouest et de l'Est, mais aussi en Amérique latine, en Asie ou dans les pays arabes. Par la même occasion, il introduit des questions assez indiscrètes sur ce que la démocratie devrait être pour que les populistes ne l'assaillent plus.

Directeur d'études à l'Institut d'études politiques de Paris après avoir occupé la chaire internationale de l'Université libre de Bruxelles, Guy Hermet a enseigné auparavant à l'université de Lausanne ainsi qu'à l'Institut universitaire des hautes études internationales de Genève. Il a également dirigé le Centre d'études et de recherches internationales (CERI) de Sciences-Po.
Berlusconi a inventé la Télé-République italienne,Tony Blair a galvanisé les Anglais avec son New Labour, tandis que les populistes modernes sont descendus de Scandinavie pour envahir l’Europe. Comme les présidentielles de 2007 l’ont souligné, c’est maintenant à la France d’inaugurer son Nouveau Régime, résidu de populisme type Front national assorti d’une dose beaucoup plus forte de néo-populisme bien élevé à la façon des trois grands ex-candidats présidentiels et, pour les choses sérieuses, d’une injection discrète mais décisive de gouvernance destinée à dynamiser le « management » du pays. Pour tout dire, l’hiver de la démocratie est arrivé. Celle-ci conserve son nom pour un temps. Mais elle a perdu sa substance.
Face à ce grand tournant, nous vivons comme nos ancêtres à la veille de la Révolution de 1789. Ce crépuscule de l'Ancien Régime annonçait déjà la fin d'un monde. Mais les Français comme leurs voisins ont continué alors à vaquer à leurs routines sans vouloir imaginer que leurs habitudes déjà très ébranlées allaient être mises sens dessus dessous. Nous faisons de même à l'approche du séisme politique annoncé. Ce livre rappelle qu'en dépit de ses heureuses saisons passées, la démocratie est un mode de gouvernement non moins voué à s'effacer devant un Nouveau Régime que les régimes qui l'ont précédée.

Guy Hermet est politologue, spécialiste de l’histoire de la démocratie et du populisme. Il a dirigé le Centre d’études et de recherches internationales (CERI), et enseigné à Sciences Po, à l’Université de Lausanne, à l’Université Libre de Bruxelles, à l’Institut universitaire des hautes études universitaires de Genève et à l’Université de Montréal. Il est Docteur honoris causa de l’Université de Madrid.
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