Les élites françaises entre 1940 et 1944: De la collaboration avec l'Allemagne à l'alliance américaine

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Les classes dirigeantes françaises, confrontées à un peuple jugé trop rétif, ont pris au 19e siècle l’habitude de s’appuyer sur des homologues étrangères, plus puissantes et plus sûres d’elles. Au siècle suivant, elles ont opté tour à tour ou conjointement pour leurs partenaires d’Allemagne et des États-Unis.
À l’été 1940, au terme d’une décennie de crise, triompha avec Vichy le tutorat allemand qu’elles avaient mûrement préparé. C’est leur « Collaboration » politico-policière avec le Reich vainqueur, règlement de comptes contre une partie importante de la population, qui est étudiée ici : cette alliance, toujours mortifère, ne se bornait pas à ceux qui occupent en général le devant de la scène, les spécialistes étatiques de la répression, les hommes de main ou les collaborationnistes de plume toujours associés aux crimes.
L’attachement durable des classes dirigeantes françaises au tuteur allemand et au tandem Laval-Pétain, qu’elles avaient choisi dès 1934, se prolongea souvent jusqu’à la libération de Paris. Il n’affecta cependant ni l’excellence de leur information ni leur extrême sensibilité au rapport de forces militaires, qui balaya dès l’été 1941, avec la mort du Blitzkrieg à l’Est, leur certitude initiale d’une victoire allemande durable sur le continent européen.
Cette réalité dicta leur ralliement à la Pax Americana, du grand capital financier aux chefs militaires et au haut clergé, ralliement aussi spectaculaire qu’ignoré des foules : endosser « les habits neufs de la collaboration » permettrait de maintenir intact le statu quo. L’objectif semblait à portée de main quand les Américains promurent, en débarquant en Afrique du Nord en novembre 1942, leurs protégés Darlan et Giraud. D’ordinaire simple formalité pour le capital financier, la question du pouvoir politique pour l’après- Libération se transforma pourtant en brûlot.
De Gaulle n’aimait pas la tutelle américaine plus que l’allemande et n’était pas disposé à céder l’Empire : élites françaises et Américains le détestèrent en chœur bien qu’il n’eût jamais été un modèle de subversion et fût entouré dès l’origine de « gens très bien ». Comme il était soutenu par le peuple français, très au-delà de sa mouvance, décideurs français et américains durent, à contrecœur, s’en accommoder...
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About the author

Annie Lacroix-Riz, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université Paris 7.

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Additional Information

Publisher
Armand Colin
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Published on
Apr 27, 2016
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Pages
496
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ISBN
9782200614973
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Features
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Language
French
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Genres
History / General
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Content Protection
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Henri Froment-Meurice
Il n’aura fallu que deux décennies pour que ce qui fut un monde à part, avec son Soleil trompeur et sa nuit enveloppante, son arbitraire et ses règles, sa grisaille et ses couleurs singulières, sa brutalité et sa sociabilité, obsédant les uns, en asservissant d’autres, donnant de l’espoir à d’autres encore, s’évanouisse comme s’il n’avait jamais existé... Ce monde, courut-il à sa fin selon un processus aussi inéluctable que discret, pour ainsi dire souterrain ? Ou bien, cette disparition ne fut-elle elle-même qu’un artifice d’apparence, nombre de traits essentiels du régime défunt lui ayant survécu avec une inaltérable vigueur ? Tout ce qui entoure l’expérience soviétique nous paraît aujourd’hui bien étrange. Comment cette étrangeté, et son cœur d’opacité enclerclé par les murailles du Kremlin, fut-elle perçue par les observateurs avisés ? Un Français, issu d’un canton raisonnable, plutôt apaisé, voire un peu rassi de la vieille Europe pouvait-il comprendre ce pays anormal, s’exempter d’humeurs et pour autant ne pas tout sacrifier à ce réalisme politique dont, après coup, l’opportunité est si souvent sujette à caution ? Pouvait-il aussi ne pas se sentit plus stimulé, fût-ce pour lui opposer un zest d’esprit missionnaire, par ce curieux empire que par la République livrée à ses petits calculs qu’il servait de toute sa loyauté ? Le Journal tenu par Henri Froment-Meurice, au fil de trois postes successifs dont au final celui d’Ambassadeur, est un précieux document. L'acuité du regard et le style élégant du diplomate en rien n’y assèchent la capacité d’indignation et la force d’enthousiasme de l’homme. La haine du communisme contrebalancée par l’amour de la Russie, l’étonnante et parfois naïve croyance de la France dans les vertus de sa diplomatie culturelle, la complexité parfois savoureuse des rapports de l’Ambassadeur, qui n’en pense pas moins, à son administration et au pouvoir qui ne sont jamais en retard d’une chimère ou d’une médiocrité... Nous voilà ramenés aux heures de gloire de la relation très particulière, très intéressée de part et d’autre, mais emprunte à sa manière de sincérité entre la France et l'URSS... Henri Froment-Meurice a été un témoin privilégié de l'émergence du monde surgi des bouleversements de la Seconde Guerre de la Guerre froide, des épisodes de dégel et de tension qui l'ont ponctuée comme des prémisses de l'écroulement de l'URSS. Ambassadeur de France, il a déjà publié, entre autres Vu Du Quai, chez Fayard.
Annie Lacroix-Riz
Quelles sont les causes de la Défaite de 1940 ? Le grand historien Marc Bloch écrivait en avril 1944 : « Le jour viendra [...] et peut-être bientôt où il sera possible de faire la lumière sur les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l’Axe Rome-Berlin pour lui livrer la domination de l’Europe en détruisant de nos propres mains tout l’édifice de nos alliances et de nos amitiés. »
Annie Lacroix-Riz analyse l’histoire des années 1930 pour éclairer les causes de la défaite de 1940. Selon elle, les Français n’ont pas été simplement vaincus en cinq jours par une Wehrmacht invincible ; le haut patronat les a sacrifiés à son plan de « réforme de l’État » copié sur les voisins fascistes et à son obsession d’accord avec le Reich. Cette affirmation incroyable paraît moins audacieuse à la lecture des archives, françaises et étrangères, relatives à une décennie d’actions des élites : militaires ; politiciens ; journalistes ; hommes d’affaires surtout, qui régnaient sur tous les autres, avec à leur tête la Banque de France et le Comité des Forges.
L’autonomie des politiciens ou des journalistes relève ainsi du mythe, celle des militaires aussi. C’est bien la France des grands intérêts économiques et financiers qui dicta le choix de l’Allemagne comme partenaire privilégié dès les années 1920 et sabota l’alliance russe de revers qui avait évité la défaite en 1914. Aujourd'hui, l’accès aux archives éclaire les causes intérieures et extérieures de la Défaite et permet « l’instruction du procès de la vaste entreprise de trahison » que réclamait Marc Bloch.

La présente édition de l’ouvrage a été systématiquement revue et complétée à la lumière des nombreux fonds d’archives, ouvrages et articles consultés depuis 2006.
Annie Lacroix-Riz
Quelles sont les causes de la Défaite de 1940 ? Le grand historien Marc Bloch écrivait en avril 1944 : « Le jour viendra [...] et peut-être bientôt où il sera possible de faire la lumière sur les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l’Axe Rome-Berlin pour lui livrer la domination de l’Europe en détruisant de nos propres mains tout l’édifice de nos alliances et de nos amitiés. »
Annie Lacroix-Riz analyse l’histoire des années 1930 pour éclairer les causes de la défaite de 1940. Selon elle, les Français n’ont pas été simplement vaincus en cinq jours par une Wehrmacht invincible ; le haut patronat les a sacrifiés à son plan de « réforme de l’État » copié sur les voisins fascistes et à son obsession d’accord avec le Reich. Cette affirmation incroyable paraît moins audacieuse à la lecture des archives, françaises et étrangères, relatives à une décennie d’actions des élites : militaires ; politiciens ; journalistes ; hommes d’affaires surtout, qui régnaient sur tous les autres, avec à leur tête la Banque de France et le Comité des Forges.
L’autonomie des politiciens ou des journalistes relève ainsi du mythe, celle des militaires aussi. C’est bien la France des grands intérêts économiques et financiers qui dicta le choix de l’Allemagne comme partenaire privilégié dès les années 1920 et sabota l’alliance russe de revers qui avait évité la défaite en 1914. Aujourd'hui, l’accès aux archives éclaire les causes intérieures et extérieures de la Défaite et permet « l’instruction du procès de la vaste entreprise de trahison » que réclamait Marc Bloch.

La présente édition de l’ouvrage a été systématiquement revue et complétée à la lumière des nombreux fonds d’archives, ouvrages et articles consultés depuis 2006.
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