De bons intervenants ont insisté sur les aspects culturalistes de la décolonisation. On entendit des plaidoyers en faveur de la présence du spirituel dans la vie internationale, sujet cher à Louis Massignon, anticolonialiste, mais partisan du maintien de la France en Algérie dans le respect de l’Islam, et une promotion plus conséquente des musulmans. On écouta Jacques Berque souligner la part de l’hellénisme dans la culture musulmane, pour recenser les points d’ancrage entre les rives de la Méditerranée. L’adaptation du dialogue islamo- chrétien à l’ère postcoloniale fut abordée par les pères Abd El Jalil et Daniélou. Mais cet irénisme ne pouvait ignorer la guerre qui faisait rage en Algérie. Le Tunisien Masmoudi et le Marocain Ben Barka s’écartèrent du culturalisme pour faire des interventions très politisées, ce qui n’était pas du goût d’Edgard Pisani, préfet qui n’acceptait pas que la France soit sur le banc des accusés. Mais il fut rassuré par l’intervention d’Ahmed Boumendjel, directeur des affaires politiques du ministère de l’Information du GPRA, dont la participation ne souleva pas d’objection de la part de l’ambassadeur de France, Gaston Palewski, qui réussit à empêcher et la venue de Ferhat Abbas et la rencontre Boumendjel-Buron. Boumendjel sut trouver le ton juste en renonçant aux réquisitoires dont avaient l’habitude les délégués du GPRA, comme Mohamed- Cherif Sahli. L’épaisseur humaine de son intervention a eu de l’effet sur les participants qui voulaient s’en tenir à une stricte neutralité entre la France coloniale et l’Algérie combattante. Ce succès algérien à Florence faisait suite à celui du colloque organisé la même année au Caire où des intellectuels arabes, parfois très francophiles, dénoncèrent la dureté de la « pacification » en Algérie.
L'intervention la plus touchante fut celle de Taha Hussein qui eut beaucoup de mal à croire que la France de l’universalité des droits de l’homme pût laisser son armée déplacer près du tiers de la population algérienne et pratiquer la torture. La réédition des actes du colloque de Florence montre que la guerre d’Algérie ne se limitait pas seulement à un affrontement armé ni même à la politique traditionnelle. Certaines interventions restent d’actualité, au moment où certains continuent à théoriser le « choc des civilisations », quand d’autres persistent à ne trouver que des « aspects positifs » à la colonisation. L’édition de la traduction des actes du colloque des intellectuels arabes du Caire complétera les enseignements de celui de Florence. Le rappel de ces deux rencontres montre comment la diplomatie de guerre algérienne a internationalisé ce que la partie française considérait comme un « problème interne ». La relecture de ces actes rappelle aussi le rôle que peuvent avoir les opinions en général, et les intellectuels en particulier, dans des affaires relevant a priori du ressort des seuls militaires ou des politiques.