Théologie Systématique

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Selon Augustin Gretillat, la Théologie est la science du salut par grâce. Cette belle définition, qui en appelle directement à la raison de la venue sur terre du Fils de Dieu, de sa mort et de sa résurrection, satisfera l'instinct spirituel du chrétien, rendu toujours sensible à la perdition de l'homme naturel. Mais la Théologie est-elle vraiment une science ? Oui, répond l'auteur ici, parce que comme les autres sciences la théologie se base sur une méthode générale identique, et qu'elle aussi produit des applications pratiques. Quant aux applications, Schleiermacher, au XVIII° s., avait souligné que le but de toute théologie est de rendre service à l'Eglise ; quant à sa méthode, Gretillat montre qu'elle ne procède pas autrement que par empirisme, puis synthèse. Car le Salut est avant tout un fait, non une conception intellectuelle, mais le fait historique de la venue du Sauveur. Ensuite seulement, la Théologie essaie de construire un ensemble cohérent qui rende compte de ce fait. Pour Gretillat, Dieu a rendu le Salut connaissable par l'âme humaine, avec sa foi, sa raison, ses perceptions ; ceci légitime à son sens de considérer la Théologie comme une science à part entière. Des six que comporte l'Exposé de Théologie Systématique, ce premier volume est certainement le plus difficile à lire, à cause de l'abstraction des concepts philosophiques qu'il manie, et parce que le style de Gretillat, parfois obscur et un peu ampoulé, peut laisser perplexe. Reculer devant l'effort qu'il demande, serait toutefois se priver des grandes richesses intellectuelles et spirituelles amassées dans la monumentale construction d'Augustin Gretillat, érigée à la gloire du Dieu rédempteur.

 

 Plus de huit cents pages pour établir que le Christianisme se fonde sur des faits surnaturels, qu'il tombe ou tient avec eux, n'est-ce pas trop ? Si Prosper Jalaguier ne le pense pas, c'est qu'à l'époque où il écrivait, le monde protestant était en butte au terrorisme intellectuel incessant d'un libéralisme théologique qui tenait à anéantir la crédibilité de la Bible. Une de ses ruses consistait à faire passer l'idée que la foi en Jésus-Christ est indépendante de la réalité des miracles rapportés dans les Évangiles, mais qu'elle doit trouver ses bases et sa force dans le merveilleux accord entre l'âme humaine et le message du Christ. L'existence d'un Dieu personnel n'était pas frontalement niée ; les penseurs libéraux proclamaient au contraire le trouver partout dans la nature et la conscience, avec l'arrière-pensée d'abolir grâce à leur propagande panthéiste, toute frontière entre l'ordinaire et le miraculeux. Professeur à la faculté de théologie de Montauban, Prosper Jalaguier (1795-1864), résistait de tout le sérieux de sa piété, en formant des pasteurs par ses cours écrits avec le plus grand soin, bien qu'il ne pensât pas qu'ils dussent être publiés un jour. Cette Introduction à la  Dogmatique est le premier volume des quatre que comprennent sa Théologie Systématique, éditée trente ans après sa mort, par son petit-fils, Paul Jalaguier. En ce vingt-et-unième le siècle, au sein même du protestantisme évangélique, la ligne de front s'est déplacée du Nouveau Testament vers l'Ancien, sur le sujet de l'origine de l'homme. Or le combat reste essentiellement le même, puisqu'il s'agit toujours pour les adversaires de nier la transcendance de Dieu sur sa création, et pour les fidèles de maintenir la réalité de son intervention souveraine et spéciale. C'est pourquoi, la prose limpide de Jalaguier, en dépit de répétitions, fournit une puissante munition au service de la foi biblique.
 L'Apologétique consistant dans la défense du fait chrétien devant l'homme naturel, l'existence et l'utilité de cette discipline théologique supposent que le christianisme est attaqué. En conséquence, les ouvrages apologétiques seront presque toujours des écrits de circonstance. A l'époque de Gretillat, au 19° siècle, c'était sur le terrain de la pensée philosophique que les enseignements évangéliques subissaient les plus violents assauts. Aussi son apologétique consacre de longs morceaux à écarter les preuves trop faciles en faveur du christianisme, tirées de ses miracles, ou de son adaptation parfaite aux besoins moraux de l'homme, et il centre résolument la défense de la foi chrétienne sur l'impression produite par la sainteté de Jésus-Christ. Aujourd'hui c'est principalement sur la question des mœurs que le christianisme subit un rejet massif ; cependant une grande partie de l'Apologétique de Gretillat reste pertinente car elle s'adresse à la conscience, et que, quand la conscience humaine est cautérisée, il n'y a de toute façon plus rien à faire pour le salut de l'homme. Dans ce deuxième tome de sa Propédeutique (c-à-d Introduction à la Théologie Systématique) Gretillat fait suivre l'Apologétique par la Canonique, c-à-d la justification de la liste des écrits qui composent la Bible. Il y développe une théorie de l'inspiration intéressante, qui sait garder la distance entre deux écueils, celui de la dictée mécanique, ou théopneustie, et celui de la négation de toute action spécifique de l'Esprit de Dieu dans la rédaction des livres bibliques.


 Les dogmes purs sont les vérités spirituelles relatives au salut qui, comme le dit saint Paul, ne sont point montées au cœur de l'homme, qu'il n'a point vues ni entendues, mais dont il a eu connaissance par un acte spécial de Dieu. Ainsi, aucune mythologie, aucune philosophie, n'ont jamais imaginé que le Dieu tout-puissant avait un Fils éternel, qu'il enverrait s'incarner dans  la famille humaine, afin que mourant en sacrifice expiatoire, il en devienne le Sauveur. Ni la conscience, ni le sens inné de la justice, ne nous ont enseigné une amnistie complète, obtenue par la foi seule en Jésus-Christ crucifié et ressuscité. Les dogmes purs constituent donc la théologie chrétienne proprement dite, basée exclusivement sur l'Ancien et le Nouveau Testament. L'auteur de ce troisième tome de sa Théologie Systématique le divise en deux parties : 1) la Sotériologie, l'étude du Salut acquis par l'œuvre de Jésus-Christ ; 2) La Sotérologie, l'étude du Sauveur lui-même, ou Christologie. Monté sur un français clair et net du 19°, armé de l'arbalète puissante du bon sens, le carquois rempli de carreaux érudits, Jalaguier laisse loin derrière nos théologiens snobinards du 21° et leurs montures harnachées de fanions américano-calvinistes. Réformé lui-même, ce bibliciste affirmé sut fort bien faire le départ entre des certitudes tirées de l'Écriture, et les constructions métaphysiques prétentieuses, qui, de son temps, rêvaient de passer pour scientifiques, aux yeux des simples. C'est pourquoi, si aujourd'hui certains étudiants en théologie évangélique inclinaient à croire que rien n'a été écrit en français depuis Calvin, lire Jalaguier serait tout ensemble profitable à leur intelligence, à leur foi, et à leur humilité.
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