L'échec de Pavese

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Pavese s'est tué en 1950. L'énigme de ce suicide n'a cessé de passionner un public international de plus en plus vaste. L'Échec de Pavese se veut d'abord comme une enquête sur le mystère d'un homme qui s'est, en toute lucidité, dérobé à la gloire. On a parlé, certes de l'impuissance sexuelle de l'auteur du Métier de vivre : le premier résultat de cette enquête est d'établir que l'impuissance - effective - de Pavese n'a été que la forme concrète et symbolique d'un état psychique plus complexe. Plus qu'un fait, une telle maladie fut un signe, une névrose, c'est-à-dire beaucoup moins le résultat d'une irrégularité de constitution que d'un déséquilibre des forces affectives et instinctives acquis, sous l'influence de facteurs moraux, au cours de l'éducation. De toute évidence, une anomalie aussi extraordinaire que l'impuissance ne ferait pas de l'oeuvre de Pavese le miroir de l'angoisse et du tragique modernes, si cette infirmité ne présentait pas, grossis, les traits psychologiques d'un caractère où de nombreux lecteurs se reconnaissent. L'échec, sous toutes ses formes, a fasciné Pavese : il fut le héros, la victime et le martyr d'un pari philosophique dont la mort était l'enjeu. À travers la vie, puis à travers l'oeuvre de l'écrivain, l'enquête poursuit ses méandres, avec l'ambition de ne laisser aucun détail que n'aient fouillé les projecteurs d'une psychanalyse exhaustive. L'Italie elle-même, les milieux littéraires et politiques de la première moitié du siècle, se trouvent pris au passage sous un éclairage nouveau. L'Échec de Pavese finit par mettre en pleine lumière la tradition souvent ignorée d'une Italie secrète, masochiste et amère.
Dominique Fernandez, romancier, essayiste et critique littéraire, a déjà rapporté de ses nombreux séjours en Italie un essai sur le Roman italien et la crise de la conscience moderne et deux livres d'exploration : Mère Méditerranée et Les Événements de Palerme.
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About the author

Dominique Fernandez, de l’Académie française, né en 1929, est l’auteur d’une œuvre considérable riche de plus de cinquante ouvrages (romans, essais, livres de voyage, beaux livres) qui lui ont valu de nombreuses distinctions. Derniers ouvrages parus : La société du mystère (Grasset, 2017), Où les eaux se partagent (Philippe Rey, 2018), Venise (Philippe Rey, 2018).

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Additional Information

Publisher
Grasset
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Published on
Apr 1, 2014
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Pages
508
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ISBN
9782246118091
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Language
French
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Genres
Literary Collections / General
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Christ ou démon ? Saint ou bandit ? Un homme. Un homme seul contre tous, l’opposant par excellence, le rebelle absolu. De l’ère fasciste au temps des Brigades Rouges, c’est l’Italie contemporaine qui sert de cadre, de ferment, de nourriture à ce roman d’une vie. Il fallait ce pays traversé par la dictature, la guerre, la résistance, puis les luttes partisanes, les scandales sans nombre, la violence du terrorisme, pour que prenne forme l’itinéraire de Pier Paolo, éternel marginal en dépit de sa célébrité, héros double comme son prénom qui évoque à la fois un fondateur d’Eglise et un aventurier de l’esprit. D’une enfance idyllique auprès de cette mère chérie qui ne le quittera jamais, jusqu’à l’assassinat mystérieux sur une plage près de Rome, on le suivra dans chacune des étapes que l’ange du destin lui a fixées. Après les douceurs de l’adolescence et la simplicité païenne des premières passions, les procès, la haine, le mépris qui feront de lui un paria. Malgré la force et le succès des œuvres, malgré l’argent et la gloire rapportés par les livres et les films, une soif d’amour inapaisée, jointe à un sentiment profond de culpabilité qui provoquera la tragédie. Si la plupart des événements, des lieux, des dates correspondent à la réalité, si parmi les personnages qui traversent ce récit plusieurs nous sont familiers, qu’ils s’appellent Toscanini, Moravia, Fellini ou Maria Callas, il ne faut pas chercher ici une biographie du légendaire P.P.P. toujours muet sur lui-même dans ses écrits, à jamais silencieux sur ses secrets. Il s’agit plutôt de la possession d’un créateur par un autre, tel que l’imaginaire seul peut le permettre. Comme dans Porporino, Dominique Fernandez se glisse à l’intérieur d’un être authentique, et recrée à travers lui toute la vérité d’un homme et d’une époque. Ce qui n’empêche pas ce portrait d’être en même temps une manière de confidence romanesque. Chateaubriand l’a dit avant nous : « On ne peint bien que son propre cœur, en l’attribuant à un autre. »
Porporino, le narrateur, élève à l'école des castrats napolitains sous le règne du roi Ferdinand, dans les années 1770, est un personnage inventé mais la plupart des héros qui traversent ses mémoires ont réellement existé : le prince de Sansevero, esprit universel aux frontières du génie et de la démence, Antonio Perocades, franc-maçon rationaliste, la belle Sarah Goudhar et lady Hamilton, aventurières comme seuls en ont produit les anciens régimes, le jeune Mozart, le vieux Casanova et l'illustre Farinelli, plus célèbre en son temps que La Callas au nôtre. On découvrira du même coup, prodigieusement ressuscitée de l'oubli, ce que fut la Naples de ce temps-là, vaste cité aux édifices somptueux, capitale de l'architecture et des arts, rendez-vous de l'Europe éclairée au même titre que Paris, métropole de l'opéra, et Castrapolis unique au monde.
Car cette institution des castrats, on le comprendra peu à peu, en suivant les aventures du mémorialiste et de son camarade Feliciano, beauté ravageuse, n'était pas le fruit des seuls caprices d'une aristocratie décadente. Il faut y retrouver, sublimées dans un art du chant malheureusement disparu, certaines des aspirations fondamentales de l'humanité. L'esprit des castrats était un esprit de liberté absolue, un défi à tout ce qui limite, une façon travestie de renouveler les mythes orphiques de la création en échappant à l'obligation d'être un homme.
Après des essais, comme Mère Méditerranée ou l'Arbre jusqu'aux racines, qui ont fait date dans l'histoire littéraire de ces dernières années, Dominique Fernandez nous donne ici le grand roman qu'on attendait de lui, à la fois éblouissante résurrection d'un passé et méditation sur l'époque contemporaine. Un livre foisonnant de personnages et d'idées, quotidien et singulier à chaque page, mouvementé, divers, lyrique, audacieux, un peu fou, merveilleux palais baroque dont les portes ornées semblent soudain s'ouvrir sur les mystères de l'aujourd'hui.
Le Cuirassé Potemkine est reconnu comme un des plus grands classiques du cinéma mondial. Nous avons, tous, vu d'autres films d'Eisenstein : Grève, La ligne générale, Alexandre Nevski, Ivan le Terible, Octobre. Nous savons qu'Eisenstein a créé le cinéma révolutionnaire mais nous n'avons qu'une connaissance superficielle du créateur lui-même. Dominique Fernandez n'a pas écrit une biographie ordinaire. Il s'est attaché à découvrir les liens profonds qui existent entre la vie et l'oevre du grand cinéaste. « L'oeuvre d'Eisenstein, dit-il, est une autobiographie ininterrompue mais sous la forme d'une transposition grandiose qui est le contraire de l'aveu ». C'est à partir des films qu'il a reconstitué ce qui pouvait bien être arrivé à leur auteur : la psychologie de la création est étudiée à travers les oeuvres, grâce aux oeuvres, selon une méthode dont tout le monde sait qu'elle a renouvelé la critique littéraire et la critique d'art, mais qui n'avait jamais été appliquée au cinéma. Dominique Fernandez se livre à une analyse formelle très poussée des six films d'Eisenstein. Il souligne notamment, ce qu'exprime le « montage » pour le cinéaste. A travers cette étude, il révèle les obsessions profondes Eisenstein : enfant mis en pièces par l'éclatement de la cellule familiale, citoyen soviétique aux prises avec la tentation homosexuelle, personnage pathétique qui n'a jamais réussi à vivre et qui, pendant de longues années, n'arrivait ni à vivre ni à créer. Cet ouvrage - à nouveau disponible, dans une version mise à jour par l'auteur, passionnera tous ceux qui aiment les films d'Eisenstein mais il se lit aussi comme un roman, le plus tragique qui soit. C'est enfin une admirable méditation sur la création, sur la quête et la fuite de soi à travers une oeuvre, sur les rapports mystérieux qui unissent l'échec personnel et le génie créateur.
Il est un thème qui court, tel un fil rouge, à travers ce roman : l'absence du père. Étienne, le narrateur, avait douze ans quand le sien s'est tué. Jeune agrégé de russe, il se passionne pour Gogol, un autre fils sans père, qui a prêché dans ses oeuvres le renoncement et l'échec. À trente ans, Étienne est engagé en qualité de répétiteur pour surveiller les études d'un garçon de seize ans, Stéphane. Ce dernier, lui non plus, n'a pratiquement jamais connu son père, d'origine russe, et qui réside à présent aux États-Unis. Ses parents ayant divorcé très tôt, il vit avec sa mère, qui a épousé en secondes noces un pianiste célèbre. Frappé par la similitude de leurs destins, Étienne s'intéresse à Stéphane. Pourquoi cet enfant doué, attachant, intelligent, est-il soudain sujet à des absences, qui le conduisent à la fugue, voire même au vol ? D'où proviennent les crises d'asthme dont il souffre encore périodiquement ? Comment expliquer cette irrésolution presque pathologique, ces brusques sautes d'humeur ? L'intérêt qu'il porte à Stéphane conduit le narrateur à mener une véritable enquête, et peu à peu les principaux personnages du roman se précisent et se modifient. Ce père lointain est-il simplement l'homme veule qu'on lui dépeint, et pour quelles raisons ? La mère de Stéphane, femme énergique, admirable, ne cache-t-elle pas quelque secret remords ? Bientôt, patiemment reconstituée, l'enfance de Stéphane éclaire l'adolescent étrange qu'il est devenu.
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